Courrier du corps
Madame, je vous écris car je n’ai personne d’autre à qui me confier.
Je suis marié à une présidente de compagnie. Elle m’a d’abord embauché à titre de chauffeur, puis elle a fait de moi son secrétaire particulier. Enfin, pour ne pas donner prise aux rumeurs de faiblesse de sa part, elle a profité de sa position d’autorité pour me dépuceler au plus sacrant.
Au travail, elle me fait venir souvent… dans son bureau. Avec elle, il n’y a pas de perte de temps, c’est à bas la culotte ! J’en ressors vidé, la pipe couverte de fard à joues et de rouge à lèvres. J’aime mieux vous dire que ce n’est pas très propre !
Je ne me plaindrais pas de ces terribles écarts de malpropreté si ce n’était qu’elle prend un malin plaisir à me branler quand je tiens le volant de la voiture qui nous ramène à la maison. C’est ainsi que je rentre du travail exténué, moi.
À la longue, je pâlis et mes yeux se cernent. Je me sens toujours las et j’ai parfois des étourdissements. Je crois souffrir de mi-graine. Quant à mon cerveau, il est tellement phoqué* que, physiquement, je marche comme un pingouin. Bien sûr, elle sait tout cela, mais son affection pour la fellation l’emporte sur sa raison.
J’aimerais bien lui dire que nos relations ne me conviennent plus, mais je perds tous mes moyens dès que je me retrouve devant elle. Déjà qu’elle est deux fois plus grande que moi et trois fois plus lourde que je ne le suis, je ne sais pas ce qu’il adviendrait de ma personne si elle décidait de s’asseoir sur mes genoux. De plus, je n’oublie pas qu’elle est de trente deux ans mon aînée et que je n’aime pas manquer de respect envers les personnes âgées.
De toute façon, quand l’envie lui prend et que je suis réticent, elle ne se gêne pas pour brandir la menace de la violence. Je suis presque certain qu’elle irait jusqu’à rougir mes belles petites fesses de bébé si je ne me laissais pas manier comme elle l’entend.
Il m’arrive parfois de remettre en question le sacrement qu’est notre mariage. Après tout, j’étais si jeune et si naïf lorsque je lui ai juré fidélité jusqu’à ce que la mort nous sépare. Je crois qu’elle a fait de moi un adepte de l’Opus Dei**… par la bande. Elle me mortifie par la friction du saucisson qu’elle transforme en une vraie tête de champignon. Lorsqu’elle juge que la peau de mon organe risque une trop grande irritation et que des ampoules commencent à lui gâcher l’intérieur des mains, elle s’absente alors pour participer à des congrès commerciaux.
Durant ces épisodes de solitude, j’ai tout le temps qu’il me faut pour enfin me ressourcer. Je bois de l’alcool, je fume des joints de pot et je ne mange que des viandes fumées. Je fais aussi des danses indiennes autour d’une corbeille à papiers dans laquelle j’ai mis le feu. Je sens alors que mon esprit est transporté par l’énergie de l’espace intersidéral.
Je crois vraiment en la danse indienne pour me refaire le physique et le mental. Ma femme aussi d’ailleurs, mais à sa manière. Une fois, elle a surgit dans la pièce où j’étais en train d’exécuter cette danse et, plutôt que de m’arrêter net, elle m’a encouragé à continuer de le faire, mais tout nu et avec un papier journal allumé dans le derrière. C’est sa façon bien à elle de voir les choses.
Alors, comme vous voyez madame, je suis un mari coincé parce que j’aime ma femme. Elle est plus grande, plus grosse et plus intelligente que je ne le suis. Elle et moi partageons les mêmes principes religieux, sauf que, de son côté, elle peut y mettre plus de poids et plus d’intelligence. Je ne puis donc faillir à ses exigences lesquelles me font presque défaillir, à moins qu’elle ne soit là pour me faire rejaillir.
Aussi, madame, pourriez-vous me dire qui va emporter la Coupe du monde de soccer dans quatre ans, parce qu’au cours de l’une de nos discussions sur les religions, elle m’a dit que je n’étais même pas foutu de dire qui allait l’emporter, cette coupe.
Acceptez, Madame, mes remerciements pour votre concours à mon mieux être et mes meilleurs souhaits de réussite dans votre courrier du corps.
Jean Lechaste
Secrétaire particulier de mme la présidente.
* Le phoque est un animal qui fait tourner des ballons au bout de son nez dans un cirque.
** Institution religieuse qui permet à ses adeptes de chasser le désir corporel par la mortification.
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