L'AMOUR AVEC LA MER
Toute la tristesse du monde ce jeudi soir d'automne, s'était mis dans la tête de pleuvoir sur la ville et les rues en pleuraient leur grisaille neurasthénique.
Un général antique s'ennuyait ferme sur son cheval de bronze et son bicorne en gouttière plissait sur les pigeons gelés.
Au loin sur l'horizon bouché, l'hôpital s'endormait pendant que d'autres se saoulaient à la bière en bouteille.
L'univers n'était plus qu'un cloaque où chacun remâchait ses rancoeurs, ses rancunes avec obstination.
Tout cela me laissait dans la bouche le goût de ce que peut être la fin du monde sans son apocalypse.
Que restait – il des jours heureux aux paupières bleues, faits de forces viriles illuminés par la chair féminine,
Que restait – il ce soir là, de la danse inhumaine des temps anciens, ces temps de loups cruels et jouisseurs,
Que restait – il de nous, pauvre humanité à la dérive, sous la croix bimillénaire du naufrage annoncé?
Le théâtre était en ruine, le rideau déchiré, il n'y avait plus de metteur en scène et les acteurs allaient dans leurs haillons de comédie ridicule.
Alors, indifférent au monde qui tournait, mais depuis si longtemps, à l'envers, n'ayant rien d'autre à faire,
Moi,
En sifflant Aïda
Je suis allé faire l'amour avec la mer,
Dans un lit
Qui sentait bon la femme
Aux cuisses habillées de printemps.
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