Un Noël habillé de blanc
C’était un soir de gros temps. Un froid à fendre le bois couché dehors se montrait le bout du nez. Comme seuls ces sales coups de théâtre hivernal savent si bien le faire, il aimait à se tortiller au pas de notre porte. Il venait, j’en étais certain, pressé de nous briser le cœur. Il voulait surtout se faufiler entre les odeurs épicés et les parfums sucrés sans carte d’invitation. Tassé sous le poids de l’air alourdi, il espérait entrer sans frapper. Faire comme chez lui. Il en avait l’exécrable habitude. Comme s’il redoutait d’avance qu’on lui refuse l’accès à notre intimité, il se contenta pourtant d’hurler durant des heures sa déception. Sa place n’était plus ici. Il en était convaincu maintenant.
Cordées le long du mur décrépi de la grange, les bûches de la maison baillaient d’espoir dans l’attente de la nuit magique. Elles allaient d’une heure à l’autre, se réchauffer timidement avant de flamber d’orgueil dans le vieux poêle en fonte qui ornait avec fierté la vaste cuisine.
Dans le salon aux larges fenêtres givrées, se tenait dans sa parure odorante le beau sapin. Ses branches d’épines presque frémissantes sous les guirlandes et les boules aux couleurs vives, se dressaient vers nous comme si elles nous invitaient à découvrir la magie de Noël.
Tout-à-coup, comme venant de nulle part, un chant métallique de grelots se fit entendre. Sans crier gare, d’abord lointain puis de plus en plus présent, il envahit l’espace douillet de notre maison.
L’horloge qui dormait presque dans le coin du salon fit chanter son carillon sourd. Les douze coups de minuit annonçaient l’arrivé imminente du Père Noël.
Raynald Boucher © 28 décembre 2009.
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