Il fait tempête. L’auto s’enfonce dans la neige, puis le moteur cale. Rien à faire. J’en ai plein le dos. Je retourne à la maison, à pied !
Bien sûr, l’électricité n’est pas revenue. Et, pour faire exprès, la carte de mon téléphone cellulaire est épuisée. Mais, bon sang, que m’arrive-t-il ? Ma maison est loin de tout. Les murs intérieurs commencent déjà à refroidir et je n’ai toujours pas avalé une seule bouchée.
Marcher tête baissée contre le vent et la neige serait complètement inutile et dangereux. J’ai faim, mais je ne peux même pas me faire cuire un œuf. Alors que faire, sinon attendre que le mauvais temps passe et que l’électricité revienne.
Toutefois, dehors, ça n’a pas l’air de se calmer. Bien au contraire, le vent hurle comme un déchaîné. Parfois la neige frappe aux fenêtres aussi fortement qu’une pluie drue.
Encore une fois, qu’est-ce que je fais ? À moins que…
J’ai un petit poêle au naphta pour le camping. Je pourrais m’en servir, ici, à l’intérieur de la maison, en laissant une porte de patio légèrement ouverte par mesure de sécurité. Mais je ne sais plus où ce poêle est rangé dans le cabanon.
En fait, le cabanon est plein à craquer. Tondeuse à gazon, grill, bicyclettes, pneus d’été, outils de jardinage… Tout est entassé au millimètre près. Comment retrouver un petit poêle dans ce barda ? Ouvrir la porte de ce cabanon relève déjà du défi en temps ordinaire, qu’est-ce que ça peut être en pleine tempête ?
Tant pis ! Il faut que j’y aille.
Je m’habille comme un Esquimau, prends la clef du cadenas et, paf, le vent cingle mon visage dès que j’ouvre la porte et mets le pied dehors. Penché, j’avance à grandes enjambées dans la neige, j’arrive à la porte de ce satané cabanon, j’attrape le cadenas et pointe la clef dans la serrure… gelée !
Maudite affaire ! Qu’est-ce que je fais dans un pays où rien ne marche, si ce n’est le mauvais temps. Et qui a bien pu inventer un cadenas qui ne s’ouvre qu’en été ? À cause de cette idiotie, je vais être coincé dans la maison à marcher de long en large jusqu’à ce que l’électricité revienne.
Mais en rentrant dans ma maison, ô surprise, j’entends les appareils ménagers cliqueter, je vois aussi les ampoules clignoter. Puis c’est le doux ronron du courant qui circule enfin dans les fils électriques. Quelle rassurante sensation !
Je vais d’abord prendre une bouchée, puis me rendre à pied jusqu’au dépanneur du coin où je pourrai renouveler la carte d’appel de mon cellulaire. Après quoi, je contacterai Claude, mon garagiste, qui viendra remorquer ma voiture et son passager, moi !
Chemin faisant vers son garage, il me déposera au local du club des Optimistes du village où je dois présider une réunion aujourd’hui même.
JeanNarrache_911
Déc. 2009
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