Bonjour Gérard,
Saches d’abord que je me suis souvent demandée comment tu allais et que je suis très heureuse d’avoir enfin de tes nouvelles.
Tu excuseras ma façon d’écrire mais je suis un peu bouleversée en ce moment. Je sors d’une assemblée houleuse. Mes actions en bourse ainsi que celles de mes associés stagnent depuis trop longtemps. La cause en est l’obédience de quelque PDG envers les gouvernements.
Empêcher nos capitaux de profiter pour satisfaire quelques gouvernants… Non mais, tu vois le tableau ? On n’a vraiment plus de savoir vivre de nos jours !
Alors, on s’est regroupés, mes associés et moi-même, pour foutre à la porte quelques uns de ces PDG. On n’est pas allés jusqu’à leur mettre un bon coup de pied dans le derrière, mais presque. Tu parles d’une idée de fous, empêcher le capital de profiter. Mais…enfin, passons !
Henriette m’a fait part de ton message et comme le hasard veut que j’aie rencontré Armande au cours de mes voyages, voilà ce que je sais d’elle.
Depuis qu’elle t’a quitté, elle fait la tournée de tous les sanctuaires religieux du monde. Ça l’amuse de voir des croyants essayer d’entrer en contact avec des extraterrestres. Parfois, dans ces lieux, elle se mêle à la foule et incite les participants à se laisser aller à la transe convulsive ou le simple delirium tremens. Elle devient toute excitée quand elle y réussit.
Elle voyage toujours avec un petit bonhomme gros et poilu. Le gars parle peu et sourit tout le temps d’une façon passablement niaise. En somme, il ne représente rien d’intéressant pour la race humaine, sinon que tout le monde pense qu’il bénéficie de la charité d’Armande.
Or, personne ne sait que ce petit bonhomme est doté d’un instrument de reproduction énorme, pareil à celui d’un cheval. C’est Armande, elle-même, qui me l’a montré au cours d’une escale dans un aéroport.
Pour faire un rapprochement avec ton travail, j’ai eu peur de ce manche de pelle dès qu’Armande me l’a montré. J’en suis restée traumatisée et, depuis, je me demande si le sexe n’est pas aussi important que le capital.
Parfois, Gérard, j’envie ta dernière femme. Elle, au moins, a un atout qui peut combler ses vides existentiels. Moi… pas. Je dois plutôt faire un effort de concentration et revoir dans mon esprit cet énorme appareil afin de parvenir à un orgasme quand je suis au lit avec un partenaire.
Eh bien, pour ne pas sauter du coq à l’âne, t’auras deviné que c’est ce petit gros et poilu qui porte maintenant tes bretelles jaunes. Il faut quand même une culotte épaisse pour cacher un tel instrument, et une bonne paire de bretelles n’est pas négligeable pour retenir cette culotte à la bonne hauteur.
Aussi, je me demandais pourquoi tu n’irais pas t’acheter une autre paire de bretelles jaunes. Une autre que les asiatiques fabriquent à bon marché. T’as qu’à aller dans une grande surface et te choisir une paire synthétisée en Asie et vendue, ici, à peu de frais. La qualité sera peut-être moindre, mais les apparences seront sauvées.
Sinon, tu devras recourir aux services d’un détective privé. Ce dernier pourra suivre le petit gros et attendre le bon moment pour échanger sa paire de bretelles contre une autre de moindre importance, sans que l’intéressé ne s’en rende compte. Il s’agit là d’une opération assez simple pour une actionnaire comme moi qui touche des dividendes, mais très coûteuse pour un gars comme toi qui ne touche qu’une aumône de travailleur.
Là-dessus, je dois te laisser. Et j’espère que tu me feras connaître ta décision concernant ton état émotionnel.
À bientôt
Charlotte
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